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Où se trouve l’évangile face aux expulsions de l’europe? la méditerranée et le quota de la honte

La dignité de la personne est une priorité évangélique mondiale, non une option idéologique

La politique migratoire européenne a franchi une ligne qui ne préoccupe plus seulement les activistes des droits humains, mais qui remet directement en question les structures de l’Église mondiale. Suite aux récents votes au Parlement européen sur le polémique Règlement de retour—qui ouvre la voie aux expulsions de migrants vers des pays tiers—et au bilan tragique de plus de 1 300 vies perdues sur les côtes espagnoles dans le courant de l’année, le débat a cessé d’être purement technique ou géopolitique. C’est une crise humanitaire et, surtout, une crise de foi.

Les paroles du président du gouvernement espagnol pointant vers le Vatican face aux critiques de l’Union européenne reflètent à quel point la gestion des frontières s’est transformée en un jeu d’échecs où la dignité humaine risque d’être le pion sacrifié. Ce n’est pas un hasard si les évêques de la Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne ont levé la voix fermement pour dénoncer un règlement qui institutionnalise le détachement et l’externalisation des frontières.

Une « Priorité évangélique » face au froid des bureaux

Face au récit de la peur et aux politiques de confinement qui prolifèrent dans le paysage politique actuel, l’Église tente de maintenir un phare de cohérence. La dignité de la personne est non négociable et ne peut pas être l’objet de quotas ou d’accords d’expulsion avec des pays qui ne garantissent pas les droits fondamentaux.

La dignité de la personne est une priorité évangélique mondiale, non une option idéologique. Cette prémisse, constamment réaffirmée par les pasteurs de première ligne dans les diocèses frontaliers, entre directement en conflit avec une Europe qui semble se fortifier et s’isoler. La soi-disant « Route atlantique » et la Méditerranée continuent de se transformer en gigantesques fosses communes tandis que les algorithmes de contrôle des frontières remplacent le regard compassionnel exigé par l’Évangile de l’hospitalité.

Le défi du miracle de l’hospitalité réelle

Ce scénario place les communautés chrétiennes devant un miroir inconfortable qui les force à réagir avec urgence. D’abord, cela exige de surmonter une polarisation sociale préoccupante qui assimile souvent le discours de l’accueil à un simple « bien-pensantisme », oubliant que le mandat évangélique d’hospitalité envers l’étranger se situe au-dessus de tout programme électoral ou intérêt partisan. Pour y parvenir, l’Église ne peut pas réduire son rôle à celui d’une simple ONG caritative qui se contente de gérer l’urgence sur les rives; sa véritable mission consiste à assumer une dénonciation prophétique courageuse qui pointe directement les structures politiques et économiques qui permettent l’abandon des plus vulnérables.

De même, la communauté croyante est appelée à faire face à la prolifération de discours xénophobes et de récits de haine qui inondent aujourd’hui tant les rues que les réseaux sociaux. Face à ce bombardement de peur, il est indispensable d’articuler une réponse pastorale active, proche et courageuse, capable de transformer l’hostilité en rencontre et de démontrer par des faits que la migration et la diversité ne sont pas une menace, mais des sources essentielles de revitalisation humaine, sociale et communautaire pour nos propres quartiers.

Quel visage voulons-nous montrer?

La géopolitique actuelle nous place à une croisée des chemins. Tandis que les leaders internationaux débattent lors de sommets sur la sécurité et les fortifications, les paroisses, les ONG d’Église et les collectifs en première ligne continuent de démontrer qu’une autre humanité est possible.

Si l’Europe perd son âme à ses frontières, l’Église a la responsabilité historique de rappeler où bat le véritable cœur du continent. La question que ce scénario nous laisse à tous est aussi ancienne que le christianisme lui-même: devant le frère qui appelle à la porte en fuyant la faim et la guerre, serons-nous des gardiens de murs ou des constructeurs de ponts? Aussi ancienne que cette réponse que nous trouvons dans la Genèse: “Suis-je le gardien de mon frère…?”

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