Mt 25, 31-46
La parabole du “jugement universel” ne prétend pas nous offrir une vision à l’avance d’une “fin du monde” imaginée, comme certains prédicateurs bous ont fait croire, en recréant une scène typique d’un film de fiction.
C’est une parabole, -donc, il n’y a pas de place pour une lecture literaliste– qui nous parle d’un adéquat comportement ici et maintenant. Et met le point final avec une conclusion, qui est un appel à ne pas faire des erreurs: “ceux-ci iront au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle.”
Le “châtiment” ou la “vie éternelle” (pleine) ne sont pas l’œuvre d’un dieu extérieur, mais le résultat d’une certaine manière de vivre, bouchée dans l’ignorance de qui nous sommes ou, au contraire, lucide et éveillée.
Sans aucun doute, ce “mode de vie” est souvent fortement conditionnée par divers facteurs: génétiques, environnementaux, éducatifs, affectifs… Beaucoup d’entre eux peuvent même être inconscients pour le sujet lui-même. Mais tout cela ne nie pas la première affirmation, nous nous éprouvons nous-mêmes selon le “mode de vie” que nous avons adopté.
Le critère décisif, selon Jésus, ne passe pas par la religion, comme le lecteur de l’Evangile pourrait peut-être s’attendre trouver et comme tant de fois on nous a fait croire, comme quand on disait: la personne religieuse sera “sauvée”. Ainsi, on est venu à convertir la religion en sauf-conduit pour la “vie éternelle”. Ainsi, la personne religieuse adoptait souvent une posture auto-satisfaisante et non pas exempte d’un certain sentiment de supériorité.
Cependant, le message de Jésus est tout à fait clair sur ce point: le critère n’est pas religieux, mais éthique. Il n’a rien à voir avec les croyances mentales, mais avec les entrailles de compassion.
En outre, le cœur compatissant vit l’aide et le service à partir de la gratuité. Non seulement il ne le fait pas pour obtenir quelque chose en échange, mais il n’a même pas une motivation religieuse: “Seigneur, quand t’avons-nous vu…?”. De même, ceux qui, à partir d’un choix religieux, vivaient voulant plaire le Seigneur, on leur reproche avec dureté ne pas l’avoir reconnu dans la personne des plus pauvres.
La parabole, donc, dans un premier niveau de lecture, contient un message révolutionnaire et subversif pour le monde religieux: il vient dire qu’il existe un chemin pour rencontrer Dieu qui ne passe pas par le temple. Celle-ci est sans aucun doute l’une des plus grandes nouveautés de Jésus.
Mais il y a encore un autre niveau de lecture plus profond, et se réfère à -et on le comprend à partir de- la reconnaissance de la nature non-duale de la réalité. Les séparations mentales -que plus tard la religion adoptera aussi- ne sont que des simples fictions qui confondent et distraient. Ce qui est vrai c’est qu’il n’y a rien séparé de rien. C’est pourqoui, “le Seigneur” -Dieu, le noyau de tout ce qui est, la Source et l’Origine de tout, la Conscience aimante …- vit chez tous les êtres et, si on comprend bien, il est tous eux-mêmes. C’est pourquoi, ce que nous faisons à chacun d’eux, nous le faisons à Dieu lui-même, qui est aussi nous-mêmes.
Découvrir ceci est sagesse, source de libération, d’amour et d’équanimité. Son fruit est la plénitude de vie. L’ignorer, par contre, c’est rester enfermés dans l’ignorance et, donc, la souffrance. Comme l’a dit, il y a des siècles, le poète et mystique Rumi, “le pèlerinage au lieu des sages consiste à trouver comment échapper de la flamme de la séparation.”
Enrique Martínez Lozano
Traducción: María Ortega
