Dans les textes de ce dimanche, deux thèmes profondément liés nous sont présentés : les lépreux et le scandale. Le texte du Lévitique nous montre le traitement réservé aux lépreux en Israël, tandis que le texte de Marc nous montre le traitement de Jésus. Ce traitement est “scandaleux” pour ses contemporains. Sur ce thème, la lecture de Paul vient en complément…
6ème Dimanche du Temps Ordinaire
Dans les textes de ce dimanche, deux thèmes profondément liés nous sont présentés : les lépreux et le scandale. Le texte du Lévitique nous montre le traitement réservé aux lépreux en Israël, tandis que le texte de Marc nous montre le traitement de Jésus. Ce traitement est “scandaleux” pour ses contemporains. Sur ce thème, la lecture de Paul vient en complément.
Lévitique 13. 1-2, 44-46
Le Seigneur parla à Moïse et à Aaron, en disant : Lorsqu’un homme aura sur la peau de sa chair une tumeur, une éruption ou une tache blanchâtre brillante, et qu’il se formera sur la peau de sa chair comme une plaie de lèpre, il sera amené au prêtre Aaron ou à l’un de ses fils, les prêtres.
Le prêtre examinera la plaie sur la peau de la chair ; si le poil dans la plaie est devenu blanc, et que la plaie semble plus creuse que la peau de sa chair, c’est une plaie de lèpre ; lorsque le prêtre l’aura constaté, il le déclarera impur.
Celui qui est atteint de la lèpre portera des vêtements déchirés et les cheveux défaits, il se couvrira jusqu’à la moustache et ira criant : « Impur, impur ! »
Tout le temps que durera la plaie, il restera impur. Il est impur et habitera seul ; hors du campement sera sa demeure.
Ce texte nous prépare bien à mieux comprendre l’évangile, et c’est une bonne illustration de pourquoi il est utile de connaître l’Ancien Testament : entre autres raisons, pour mieux comprendre le Nouveau.
Il s’agit d’une partie de la législation sur les éruptions cutanées, appelées génériquement “lèpre”, bien qu’elles ne soient pas strictement ce que la science médicale actuelle entend par là. Teigne, gale, eczémas… sont des maladies assez courantes et très redoutées, car contagieuses.
C’est pourquoi les lois établissent clairement ce qu’il faut faire avec de tels malades. Dans le passage que nous lisons aujourd’hui, il n’est pas question du traitement qui était donné (il y aurait certainement eu des systèmes de guérison, des herbes, des onguents, etc.), mais du traitement “légal” de ces malades, qui se limite à les isoler du reste du peuple jusqu’à ce que leur guérison soit constatée.
Bien que le texte se réfère aux temps de la vie nomade d’Israël, ces prescriptions étaient toujours en vigueur au temps de Jésus. Les lépreux sont expulsés hors du village, doivent s’habiller de haillons et annoncer à grands cris leur présence : ils vivaient généralement en groupes à la périphérie des villages, loin des chemins.
Le terme “impur”, qui leur est appliqué, est la manière typique d’Israël de dire que quelque chose est “contaminé”, et que tous doivent s’en écarter. Il y a des choses impures, comme les cadavres, des actions qui “rendent impur” comme les menstruations, des aliments impurs, comme le porc. C’est un moyen générique de faire en sorte que les gens s’éloignent de quelque chose qui est considéré comme potentiellement dangereux.
Et, bien sûr, la conséquence principale de l’impureté est que celui qui l’a contractée ne peut pas s’approcher du culte jusqu’à ce qu’il se purifie. La purification est toujours un acte rituel : on laisse passer un temps et on fait un rite, généralement une ablution. Le prêtre déclare alors la personne pure et elle est réintégrée dans la communauté.
La notion d’impureté n’a rien à voir avec la notion de péché. Et sortir de l’impureté n’a rien à voir avec le repentir. Ce sont des choses externes, parfois hygiéniques, parfois des tabous alimentaires, parfois des maladies… que l’on contracte parfois sans le vouloir et que l’on nettoie parce qu’elles guérissent ou parce qu’elles sont purifiées par des rites.
La notion d’”impureté” est donc un moyen de protéger le peuple contre des dangers potentiels. Il est très intéressant, pour compléter le sujet, de rappeler que les Israélites considéraient tous les autres peuples comme impurs, et qu’ils avaient l’interdiction de se mélanger avec eux. Un Israélite ne peut pas entrer dans la maison d’un “gentil”, et encore moins manger avec lui. Et on comprend qu’un peuple petit sache bien que ce n’est qu’en maintenant sa stricte particularité, sa différence, qu’il pourra subsister sans être absorbé par des voisins beaucoup plus puissants.
Plus radicale encore est la position des pharisiens, qui ne traitaient pas avec les gens ordinaires pour ne pas contracter d’impureté, pour rester purs, puisque les gens étaient considérés comme impurs, car il leur était impossible de rester libres des innombrables impuretés qui apparaissaient dans la Loi.
Dans le cas de la lèpre, le texte du Lévitique nous montre les précautions qui sont prises, et aide à bien imaginer la scène de l’évangile, où Jésus rencontre un groupe de lépreux (le texte ne parle que d’un seul), sans doute à l’écart, près d’une ville.
1 Corinthiens 10, 31-11,1
Ainsi, que vous mangiez, buviez ou fassiez quoi que ce soit, faites tout pour la gloire de Dieu. Ne soyez une occasion de chute ni pour les Juifs, ni pour les Grecs, ni pour l’Église de Dieu, tout comme moi-même qui m’efforce de plaire à tous en tout, sans chercher mon propre intérêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés. Soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ.
Il s’agit essentiellement du scandale, mais dans le sens exactement opposé à celui de l’évangile. Jésus scandalise les observateurs ultra-stricts de la loi. Paul parle de ne pas scandaliser, c’est-à-dire de s’adapter aux autres pour ne pas entraver leur conversion. Il s’agit donc de scandales totalement différents.
José Enrique Galarreta, S.J.
