Que voulez-vous être, toujours les mêmes, des hommes vieux corrompus par des désirs de plaisir, ou des personnes renouvelées, avec une nouvelle condition plus humaine ?…
EXODE 16, 2-15
Toute la communauté des Israélites commença à murmurer contre Moïse et Aaron dans le désert. Les Israélites leur disaient : « Si seulement nous étions morts de la main de Yahvé au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! » … Yahvé dit à Moïse : Regarde, je ferai pleuvoir sur vous du pain du ciel…. Ce même soir, les cailles vinrent et couvrirent le camp ; et le matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Et lorsque la couche de rosée se fut évaporée, il apparut sur le sol du désert une chose menue, comme des grains, semblable à la gelée blanche de la terre. Quand les Israélites la virent, ils se disaient les uns aux autres : Qu’est-ce que c’est ?, car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : C’est le pain que Yahvé vous donne pour nourriture.
Étant donné que l’évangile va mentionner la manne, le pain du ciel que Moïse donna au peuple de la part de Dieu dans le désert, il est logique que dans cette première lecture on nous rappelle cet ancien épisode.
Les Israélites eurent de nombreux problèmes dans le désert, parmi lesquels le manque de nourriture et d’eau, problèmes que Moïse résolvait (très probablement parce que les Madianites, hommes du désert, les accompagnaient).
La connaissance de la migration des cailles, la localisation des sources souterraines, l’utilisation des rares fruits du désert, sont propres aux techniques de survie des nomades du Sinaï.
L’interprétation religieuse qui fut faite plus tard de ces événements fournit une lecture en termes d’Alliance, de protection merveilleuse de Dieu envers son peuple, par l’intermédiaire de Moïse son serviteur. Le texte rapporte deux de ces événements, les cailles et la manne, qui émerveillèrent Israël dans le désert et furent interprétés comme un signe évident de la protection de Dieu. L’idée est claire : Israël vit du pain que Dieu lui donne.
ÉPHÉSIENS 4, 17-24
Je vous le dis donc et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus marcher comme vivent les païens, selon la vanité de leurs pensées, leur esprit plongé dans les ténèbres et exclus de la vie de Dieu. Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins c’est lui que vous avez appris et en lui que vous avez été instruits, comme la vérité est en Jésus-Christ. Le Christ vous a appris à abandonner le mode de vie précédent, l’homme vieux corrompu par des désirs de plaisir, à vous renouveler dans l’esprit et dans vos pensées. Laissez donc l’Esprit renouveler votre mentalité, et revêtez-vous de la nouvelle condition humaine, créée à l’image de Dieu : justice et sainteté véritables.
Généralement, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une exhortation morale. Dans un monde de coutumes moralement peu acceptables, les disciples de Jésus doivent se distinguer par leur mode de vie. C’est un thème injustement passé sous silence dans de nombreuses histoires de l’Église, consacrées plutôt aux structures, aux dogmes, aux chefs. Les chrétiens se sont beaucoup distingués par une conduite morale différente, qui a attiré à l’Église de nombreuses personnes de bonne volonté.
Mais dans le texte, il y a beaucoup plus, et très applicable à nous aujourd’hui.
“si c’est lui que vous avez appris et en lui que vous avez été instruits, comme la vérité est en Jésus-Christ” Est-il suggéré que Paul se méfie que l’on vive réellement l’esprit de Jésus à Éphèse ?
Nous ne pouvons pas oublier qu’Éphèse est “la capitale” des églises du disciple préféré, aussi charismatiques qu’anarchiques, aussi pleines de problèmes de faux prophètes, comme le montrent les lettres de Jean. La relation entre les églises pauliniennes et johanniques à Éphèse est un sujet passionnant, que nous ne pouvons ici que suggérer.
“Le Christ vous a appris à abandonner le mode de vie précédent, l’homme vieux corrompu par des désirs de plaisir”. Corrompu par des désirs de plaisir est une description brutalement appropriée pour notre société occidentale (appelez-la comme vous préférez).
La satisfaction de tout désir, la transformation de l’appétence en nécessité, la facilité qui exclut l’effort, la trompeuse transformation de cette vie en un paradis, sont en train de détruire les personnes, tout particulièrement les enfants et les jeunes. Il suffit de regarder comment passent les fins de semaine une bonne partie de la jeunesse et les problèmes qui angoissent les éducateurs.
Et nous, l’Église, devons offrir un mode de vie alternatif, un autre concept du bonheur : le code de bonheur que sont les Béatitudes. Et il ne s’agit pas d’une excentricité de marginaux, il s’agit de la survie même de l’humain.
“Renouvelez-vous dans votre esprit et dans votre esprit. Laissez donc l’Esprit renouveler votre mentalité, et revêtez-vous de la nouvelle condition humaine, créée à l’image de Dieu : justice et sainteté véritables”. Mot magique, “renouveler”, tout rendre nouveau, différent et meilleur. La vie qui cherche le bonheur pur et facile dans la satisfaction immédiate est ce qui est vieux, ce qui a déjà échoué, ce qui, même historiquement, a montré son insuffisance, voire son danger pour donner le bonheur et même pour la survie de l’être humain et même de la planète elle-même… Nous ne sommes pas porteurs d’un message de répression mais de salut, de salut de l’humain en nous fiant au projet de Dieu.
“Revêtez-vous de…”. Excellente expression pour comprendre comment Paul le sens du mot “se vêtir”. Lorsqu’il s’applique à Jésus, “revêtu de notre condition humaine” ne veut pas dire que l’humain de Jésus est comme un vêtement que l’on peut mettre et enlever. C’est une façon d’exprimer un changement complet, une nouvelle manière d’être.
Aucun docétisme donc dans cette expression, mais bien une image très expressive : “jetez les vieux vêtements, acceptez le renouvellement, laissez l’Esprit vous changer de mentalité”.
Nous ne savons pas si cela est de Paul ou de son école, mais c’est une merveille, si nous savons lire.
José Enrique Galarreta
