Mt 25, 1-13
Bien que les évangiles synoptiques parlent d’une seule montée de Jésus à la Pâque -dans laquelle il sera livré et exécuté-, Jean en mentionne trois. Il fait attention à les nommer comme des “fêtes juives” –c’est-à-dire, extérieures à sa propre communauté-, toujours dans ce conflit qu’ils avaient avec l’autorité juive.
Ce qui semble clair, en tout cas, c’est que cette action de Jésus avait beaucoup à voir avec sa mort. En fait, au procès devant le grand prêtre Caïphe, ce sera l’une des accusations les plus graves portées contre lui: “Nous l’avons entendu dire:’Moi, je détruirai ce temple fait de main d’homme et, en trois jours, j’en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d’homme’ “ (Mc 14,58). Ce sera même un sujet qui apparaîtra comme une insulte dirigé contre le crucifié: “Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même en descendant de la croix” (Mt 27,40).
L’historicité du récit -narré dans les quatre évangiles qui sont parvenus jusqu’à nous- semble indéniable. Cependant, les trois synoptiques le placent à la fin de la vie de Jésus, tandis que Jean le place presque au début même de son activité.
Historiquement, il semble plus compatible avec les faits la première de ces options. Dans un conflit -entre Jésus et les autorités religieuses– qui ira en crescendo, l’épisode du temple apparaît comme la goutte qui fait déborder le verre, agissant comme déclanchement qui précipite la décision qui finira en arrestation, condamnation et mort du maître de Nazareth.
La raison pour laquelle Jean le place au début de son récit semble être la suivante: l’auteur du quatrième évangile montre une particulière insistance pour remarquer la nouveauté que Jésus apporte. C’est pourquoi, il commence par le montrer comme celui qui fait la nouvelle alliance (Noces de Cana) et le nouveau culte (épisode du temple et dialogue avec la samaritaine), établissant catégoriquement le besoin de “naître à nouveau” (entretien avec Nicodème) pour pouvoir comprendre et vivre sa proposition.
Pour comprendre l’action de Jésus il faut la voir comme un geste prophétique, dans la lignée des grands prophètes d’Israël. Et c’est ainsi que tant l’autorité comme les témoins qui étaient présents l’ont perçu. Pour cette tradition-là, un “geste prophétique” est une action symbolique qui cherche à transmettre, en dramatisant, un message profondément importante. D’une certaine manière, on pourait dire qu’il s’agit d’une “parabole en action.” A cette occasion, le grand conteur de paraboles qu’était Jésus a recours à l’action pour mettre en scène encore une autre parabole.
C’est pourquoi, une bonne compréhension du geste nous est donnée par la parole même de Jésus: “Détruisez ce temple, et en trois jours je le rebâtirai”. Il faisait allusion -l’auteur de l’Evangile ajoute- au temple de son corps. Il s’agit, tout simplement, d’un remplacement: l’ancien temple de la religion doit laisser passer le nouveau temple, la personne de Jésus. Et, par extension, l’être humain et l’ensemble du réel.
La religion -pour le propre niveau mythique de conscience où elle apparaît– prétend enfermer Dieu dans des espaces séparés (temple) et dans des formules délimitées (croyances), sous la supervision d’une autorité incontestable (hiérarchie). Mais c’est justement cette religion qui constitura l’objet de la critique de Jésus. Une lecture objective de l’Evangile conduit le lecteur impartial à une conclusion évidente: Jésus est un critique de la religion et de l’autorité religieuse, ce qui conduit à un conflit grandissant qui mettra fin à sa vie.
Par la suite, l’image de Jésus sera plus ou moins “domestiquée”, jusqu’à le convertir en un être soumis et obéissant, premier garant de la propre religion. Avec quoi on est arrrivé à des graves paradoxes.
En tout cas, la position de Jésus est magnifiquement reflétée dans un autre texte de ce même quatrième Evangile. Dans le dialogue avec la Samaritaine, à la question sur les débats religieux entre Juifs et Samaritains, Jésus lui répond: “Crois-moi femme, l’heure est venue où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem [Garizim] que vous adorerez le Père… Mais l’heure vient –et maintenant elle est là- où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité” (Jn 4,21 à 24).
Enrique Martínez Lozano
Traducción: María Ortega
