Lc 21, 25-28 y 34-36
INTRODUCTION
Avec le premier dimanche de l’Avent, nous commençons la nouvelle année liturgique qui est une mise en scène des évènements qui ont donné lieu au christianisme. De même que fut inventé le théâtre dans la vie ordinaire pour mettre en scène les relations sociales et pouvoir mieux les comprendre, de même nous mettons en scène dans le domaine du religieux les expériences de nos ancêtres. Pour nous, la figure centrale est Jésus et c’est la raison pour laquelle l’année liturgique reprend les évènements de sa vie.
Que Jésus soit né le 25 Décembre ou un autre jour de l’année n’a pas grande importance. Ni qu’il soit né l’an 1 ou l’an 5 avant JC. L’important est de découvrir que l’essence de notre religion a eu son origine dans l’expérience humaine de l’homme Jésus.
Nous commençons avec les quatre dimanches d l’Avent, nous préparant à célébrer le moment le plus important de ce processus qui prit fin avec la religion chrétienne. Ne nous étonnons pas de l’incroyable richesse des textes liturgiques de ce temps d’Avent. Elle est due au fait que le peuple d’Israël a vécu toute son histoire comme un temps d’avent, c’est-à-dire une attente continuelle.
Mais le peuple chrétien lui aussi est dans l’expectative de la venue définitive du Règne de Dieu. Raison pour laquelle l’AT comme le NT sont remplis de textes magnifiques sur ce thème fondamental dans toute l’Ecriture. Nous sommes devant une difficulté quand il s’agit de comprendre ces textes, car ils sont écrits à partir d’expectatives complètement différentes et dans un langage étrange. Cependant le message est simple : Quoiqu’il arrive, nous devons avoir une confiance totale dans le fait que Dieu sauve toujours.
EXPLICATION
Il est possible que se produise en nous une certaine confusion du fait que la liturgie pointe dans deux directions. Elle nous invite d’une part à veiller pour la venue future et définitive du Christ. D’autre part elle nous invite à célébrer dignement sa première venue, c’est-à dire sa naissance comme être humain. Les deux perspectives posent aujourd’hui problème. Célébrer la naissance de Jésus comme évènement historique ne servira de rien si nous ne nous sentons pas impliqués dans ce que fut sa vie. A l’inverse, comprendre de façon littérale la seconde venue, aurait le même résultat.
Ces deux extrêmes ne seront des références importantes que si elles nous poussent à affronter le présent de façon adéquate. Parler aujourd’hui de fin du monde ou de catastrophes à venir n’a pas de sens. Ni même de la « future venue du Christ ». L’important n’est pas qu’il soit venu, ni qu’il viendra, mais c’est qu’il vient en cet instant. Parler aujourd’hui de l’avenir sous quelque forme que ce soit, est se mettre hors jeu et ne pas accepter le véritable message des lectures. Se borner à la célébration d’un fait historique ne changera rien dans ma vie.
Que les Juifs aient attendu la libération 18 siècles durant doit nous faire réfléchir. Et lorsque vint Jésus avec son offre de salut, ils la rejetèrent parce que ce n’était pas ce qu’ils attendaient.
La venue du Messie ne fut pas suffisante pour les Juifs, qui n’attendaient pas ce salut-là, mais elle ne le fut pas non plus pour les premiers chrétiens, juifs eux aussi, qui continuèrent d’attendre la « seconde venue » où là allait se réaliser le vrai salut, parce qu’alors il viendra « avec grand pouvoir et gloire ».
Aujourd’hui encore nous attendons toujours un salut à notre mesure, non pas celui qu’apporta réellement Jésus et qui est celui que Dieu veut pour nous. Si nous comprenions que Dieu nous a déjà donné tout ce qu’il peut nous donner, nous cesserions d’attendre que Dieu vienne « faire » quelque chose pour nous sauver.
Il est très compliqué pour nous tous d’abandonner une façon de voir Dieu qui nous procure des sécurités, la seule chose qui nous importe vraiment. Nous préférons continuer à penser au Dieu tout puissant, qui agit au gré de ses caprices, où il veut, quand il veut, et depuis l’extérieur. Tout ce qu’il veut de nous, c’est que nous observions, extérieurement aussi, ses commandements.
De cette manière, nous nous sentons obligés de faire ce qui nous paraît devoir lui plaire et par ailleurs, d’attendre dans la peur que le dernier moment nous trouve confessés. De cette façon, il n’y a pas moyen de rendre présent le Royaume de Dieu qui est en nous. Et de plus, nous avons le sans-gêne d’attribuer la faute de ne pas être sauvés à Dieu, qui est trop pingre quand il s’agit de nous accorder ce que nous désirons si fort.
Dieu vient sans cesse. Si la rencontre ne se produit pas c’est parce que nous sommes endormis, ou pire que nous sommes attentifs à autre chose. Nous ne sommes pas sauvés parce que nos expectatives vont dans la mauvaise direction. Nous attendons de Dieu des interventions spectaculaires. Nous attendons un salut qui nous soit accordé comme un sauf-conduit, et cela ne peut pas marcher.
C’est la même chose que nous l’attendions ici-bas ou dans l’au-delà. Ce qui dépende de moi, ni Dieu ni un autre ne peut l’accomplir. La cause de notre échec est là. Nous attendons qu’un autre fasse ce que je suis le seul à pouvoir faire.
Dieu est le salut et il est déjà en moi. Ce qu’il y a en moi de Dieu est mon être véritable. Je n’ai simplement qu’à m’éveiller et le découvrir. Je dois sortir de l’erreur de croire que je suis ce que je ne suis pas.
Cette manière de vivre me décentre de moi-même et me projette vers les autres ; elle m’identifie avec tout et avec tous. Mon faux être, mon ego, mon individualité disparaît. Cette expérience de salut aura sur mon comportement des conséquences irréversibles, que ce soit avec les autres et avec les choses qui, pour le moment, cette découverte faite, font partie de moi. Dieu ne me sauve pas en récompense de mes actes. Mes œuvres seront la conséquence du salut donné par Dieu.
Dans les premières communautés chrétiennes on adopta une phrase, répétée jusqu’à la satiété dans la liturgie : « Maranatha » = Viens Seigneur Jésus ! On vivait dans la contradiction entre une eschatologie réalisée et une eschatologie future.
« Déjà, mais pas encore ». Faisons très attention quand nous voulons comprendre ces expressions. « Déjà », concerne Dieu qui nous a déjà donné tout ce dont nous avons besoin pour ce salut. S’il n’en était pas ainsi, il deviendrait un tyran. « Pas encore » nous concerne, car nous attendons toujours un salut à notre mesure et n’avons pas découvert la portée du salut véritable, que nous possédons déjà. Là réside le sens de l’Avent. Parce que nous ne sommes « pas encore » sauvés, il nous faut tenter de vivre le « déjà ». Jamais nous n’y parviendrons si nous nous reposons sur nos lauriers.
Jésus indique un salut très différent de celui que nous attendons. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Quelle est-elle, cette terre promise que nous attendons aujourd’hui ? Comme les Juifs, attendons-nous une terre où coulent le lait et le miel, c’est-à dire un plus grand bien-être matériel, plus de richesses, plus de sécurités en tous genres, pouvoir consommer plus ? Nous sommes encore attachés au passager, au transitoire, au terrestre. Nous sommes encore convaincus que le bonheur réside dans la consommation. La liturgie nous offre quatre dimanches pour nous préparer. Chaque année, les commerces avancent davantage leurs offres de cadeaux de Noël….
La confiance, l’espérance, la paix, la joie, il me faut y tenir ici et maintenant, malgré toutes les apparences. N’attendons pas que le monde change pour atteindre le salut véritable. Avoir confiance, croire, c’est déjà changer le monde. S’il n’en est pas ainsi, c’est que j’ai mis ma confiance dans l’idole. Toujours voir la présence de Dieu dans les évènements favorables et penser que Dieu est loin de nous quand les choses vont mal, c’est là l’interprétation de l’histoire qu’a adoptée le peuple juif. Jésus a dit bien clairement que Dieu est toujours là, mais se manifeste en particulier sur la croix, bien qu’il soit difficile de le découvrir.
L’Avent ne m’invite pas à regarder au loin : passé et avenir, mais à regarder vers l’intérieur. En parvenant à ce que rien de ce que j’ai ne me lie et que je me détache de ce que je crois être, apparaîtra alors ce que je suis vraiment. Il n’y a qu’ainsi que je puisse trouver le bonheur authentique.
Que nous arrive-t-il ? Nous célébrons avec une joie immense la naissance d’une nouvelle vie, mais nous disons toujours au revoir à nos morts avec des « funérailles ». Nous devrions oser ne pas voir une fin de vie comme un échec. Au bout de la route, rien n’est brisé de ce que tu es en ton essence. Voilà ce qui se dégage de l’évangile. Voilà ce que Jésus a vécu et prêché.
Méditation-contemplation
Dieu vient, mais il ne vient pas du dehors.
Jésus revient, mais il ne s’en est pas allé.
Dépassons les concepts de passé et d’avenir.
C’est la seule façon d’entrer dans la dynamique d’une révélation authentique.
Dieu est toujours le même, il ne peut changer.
Il est dans l’histoire et en même temps au-delà de l’histoire.
Découvre-le au profond de ton être et il apparaîtra à travers toi.
Tu n’as rien à attendre du dehors.
Personne ne doit venir te sauver.
Découvre que tu l’es depuis toujours et pour toujours.
Ce qui t’arrive du dehors n’augmente ni ne diminue ce salut.
Mais cela peut t’aider ou t’empêcher de le découvrir et de le vivre.
Fray Marcos
(Traduction Maurice Audibert sm)
