« *Jésus fut conduit dans le désert par l’Esprit pour être tenté par le diable* ».
Lorsque l’évangile de Jean est écrit, les évangiles synoptiques sont déjà en circulation, où l’on recueille les faits et les paroles de Jésus. C’est peut-être pour cela que cet évangile est conçu comme un vaste traité théologique où aucun effort n’est fait pour souligner l’humanité de Jésus, mais tout au contraire. Au contraire, les évangiles synoptiques (en particulier Marc et Luc) nous présentent un homme véritable qui se fatigue, se fâche, s’angoisse… et qui est soumis à la tentation.
Le texte d’aujourd’hui montre Jésus jeûnant dans le désert après sa visite au Baptiste ; probablement pour mettre à l’épreuve sa vocation avant de l’embrasser définitivement. Et la première conclusion pourrait être que la vocation de Jésus n’était pas quelque chose d’aussi fulgurant, évident et accablant qui ne laissait aucune place au doute, mais quelque chose de beaucoup plus humain qui l’a obligé à un processus de discernement pour la mettre à l’épreuve et surmonter les doutes qui le le assaillaient.
Dans ce récit, on relate les tentations qui ont probablement accompagné Jésus tout au long de sa vie. C’est un texte très symbolique, mais certains spécialistes osent aller au-delà des symboles pour nous offrir la nature réelle de ses tentations.
Selon certains, les *« pierres transformées en pains »* représenteraient leur tentation permanente de revenir à la tranquillité de Nazareth loin de la vorágine dans laquelle il était enveloppé, le *« sommet du temple »* symboliserait sa tentation de demander à Dieu un signe qui affirmerait son engagement envers la mission, et *« le pouvoir sur les royaumes de la Terre »* se référerait à la tentation de faire face à la mission depuis la tradition d’Israël, c’est-à-dire, se laisser propulser à la position de messie davidique à laquelle le peuple le poussait, et instaurer le royaume de Dieu par le pouvoir…
Et toutes ces conjectures sont peut-être très bien, mais ne valent pas plus que de satisfaire notre curiosité. Le vraiment important, c’est que Jésus a été tenté comme n’importe lequel d’entre nous, et qu’il a vaincu la tentation. Comme le disait Ruiz de Galarreta : «Dans Jésus, nous voyons la situation humaine complète : l’être humain assailli de faiblesses et d’obscurités… et plein de la force de Dieu qui lui permet de surmonter tout cela pour accomplir le plan de Dieu».
Et ceci nous confronte à un dilemme ancestral qui nous concerne très directement, et il se réfère à notre capacité, ou non, à vaincre la tentation. Nous savons que Paul était très sceptique à ce sujet, mais le problème remonte bien plus loin ; précisément au chapitre trois de la Genèse – le mythe de Caïn et Abel – où au verset sept Yahvé dit à Caïn : « N’est-il pas vrai que si tu agissais bien, tu marcherais droit, tandis que si tu n’agis pas bien, le péché guettera ta porte comme une bête blottie, à laquelle tu “dois dominer” ? »
La traduction de l’original hébreu de cette dernière expression, “tú debes dominar”, a donné lieu à diverses interprétations qui nous situent dans différents scénarios face au mal (le péché). La traduction que nous avons choisie (Nácar Colunga) la présente comme un commandement de Dieu : «debes dominar al pecado», mais d’autres traductions la présentent comme une promesse de Dieu : «dominarás al pecado». Enfin, elle est également traduite par : «puedes dominar al pecado», où Dieu reconnaît la capacité de l’être humain à vaincre le mal. Le livre de John Steinbeck “De l’autre côté de l’Eden” nous offre une précieuse réflexion sur ce thème.
Miguel Ángel Munárriz Casajús
Pour lire un article de José E. Galarreta sur un sujet similaire, cliquez ici
Version française traduite par IA
